
➡️ Le pétrole à Coulommes : une page méconnue de l’histoire du village
Coulommes est avant tout connu pour son caractère rural, ses paysages briards et son patrimoine. Pourtant, sous les terres agricoles du village se trouve une richesse naturelle inattendue : du pétrole.
La découverte du gisement de Coulommes-Vaucourtois, à la fin des années 1950, constitue un événement majeur de l’histoire industrielle de la Seine-et-Marne. Il s’agit en effet de la première découverte commerciale de pétrole réalisée dans le Bassin parisien.
La suite …
Une découverte historique dans le sous-sol briard
Dans les années 1950, la France cherche à réduire sa dépendance énergétique et lance plusieurs campagnes de prospection pétrolière. Les géologues s’intéressent alors au Bassin parisien, dont la structure pourrait favoriser la présence d’hydrocarbures.
Les recherches menées autour de Coulommes et de Vaucourtois aboutissent à la découverte du champ pétrolier en 1957. La production débute en 1958, à une profondeur d’environ 1 870 mètres.
Cette découverte démontre pour la première fois que le sous-sol du Bassin parisien peut contenir des quantités de pétrole exploitables commercialement. Elle ouvre la voie à d’autres campagnes de forage en Seine-et-Marne et dans plusieurs départements voisins.
Pourquoi trouve-t-on du pétrole à Coulommes ?
Le pétrole de Coulommes se trouve dans une formation géologique appelée le Dogger, correspondant au Jurassique moyen. Ces roches calcaires se sont formées il y a environ 154 à 175 millions d’années.
À cette époque, la région était recouverte par une mer chaude et peu profonde. Au fil des millions d’années, des matières organiques se sont déposées au fond de cette mer, puis ont été enfouies sous différentes couches de sédiments. Sous l’effet de la pression et de la température, une partie de cette matière organique s’est progressivement transformée en hydrocarbures.
Le pétrole a ensuite migré à travers les roches poreuses avant de se retrouver piégé dans certaines structures géologiques. Le gisement de Coulommes-Vaucourtois comprend ainsi trois principales zones, appelées « culminations » :
- la culmination de Coulommes ;
- la culmination de Vaucourtois ;
- la culmination de Belou.
Ces structures souterraines ne correspondent pas exactement aux limites administratives des communes visibles en surface.
Le développement du champ pétrolier
La concession de Coulommes-Vaucourtois a été attribuée à la société Petrorep le 7 novembre 1964, pour une durée initiale de cinquante ans à compter du 1er décembre 1959.
Au total, 14 puits ont été forés sur la culmination de Coulommes, dont 13 se sont révélés productifs. Cette partie du gisement représentait une hauteur de pétrole d’environ 38 mètres. Son exploitation a pris fin en 1994.
La culmination de Vaucourtois, plus importante, présente une hauteur de pétrole d’environ 58 mètres. Cinquante puits y ont été forés au cours de l’histoire de la concession. C’est principalement dans cette partie du champ que l’exploitation s’est poursuivie.
La zone de Belou s’est révélée moins productive : sur cinq puits forés, un seul a produit du pétrole. Elle n’est aujourd’hui plus exploitée.
Une production importante à l’échelle régionale
Entre 1958 et la fin de l’année 2022, le champ de Coulommes-Vaucourtois a produit environ 15,2 millions de barils, soit près de 2,4 millions de mètres cubes de pétrole.
Cette production se répartit approximativement de la manière suivante :
- 2,7 millions de barils pour la zone de Coulommes ;
- 11,9 millions de barils pour la zone de Vaucourtois ;
- 600 000 barils pour la zone de Belou.
Sur l’ensemble de cette période, la production moyenne historique représente environ 640 barils par jour. Ce chiffre est toutefois une moyenne calculée sur plusieurs décennies : la production réelle a beaucoup évolué au fil des années et a progressivement diminué avec le vieillissement du gisement.
Comment le pétrole est-il extrait ?
Les puits atteignent la roche contenant le pétrole à près de deux kilomètres sous terre. Des pompes installées en surface entraînent des équipements situés au fond des puits et permettent de faire remonter un mélange de pétrole et d’eau.
Ce mélange est ensuite envoyé vers une station de traitement où les deux liquides sont séparés par gravité.
Le pétrole brut est stocké temporairement dans des cuves avant son expédition. D’après le dossier présenté par l’exploitant, il est transporté par camions-citernes jusqu’au dépôt de la Compagnie industrielle maritime, au Havre, avant d’être dirigé vers une raffinerie.
L’eau issue du gisement n’est pas rejetée directement dans la nature. Elle est réinjectée dans son réservoir géologique d’origine. Cette opération permet également de maintenir une certaine pression dans le gisement et de faciliter la récupération du pétrole encore présent dans la roche.
Le champ de Coulommes-Vaucourtois est désormais considéré comme un gisement « mature ». Le liquide remonté à la surface contient aujourd’hui une proportion importante d’eau, comprise entre 80 et 90 % selon le dossier environnemental.
La concession aujourd’hui
La concession couvre une superficie d’environ 26,10 km². Depuis 2017, elle est détenue par la Société pétrolière de production et d’exploitation, la SPPE.
La précédente autorisation arrivait à échéance le 1er décembre 2024. La société a demandé sa prolongation jusqu’au 1er janvier 2040, date limite prévue par la législation française relative à la fin de l’exploitation des hydrocarbures.
Le projet prévoit en premier lieu de poursuivre l’exploitation à partir des installations existantes. Il évoque également la possibilité de développer de nouveaux ouvrages afin de récupérer une partie du pétrole encore présent dans le sous-sol. Ces éventuels nouveaux forages ne sont toutefois pas automatiquement autorisés par la prolongation de la concession : chacun d’eux devrait faire l’objet d’une procédure et d’une autorisation particulières.
Une participation du public portant sur cette demande de prolongation a été organisée par l’État du 15 juin au 15 juillet 2026. À la date de rédaction de cet article, la procédure administrative suit encore son cours. Ministère de l’Économie – consultation publique
Des enjeux environnementaux étroitement surveillés
L’exploitation pétrolière fait l’objet d’un encadrement réglementaire et d’une surveillance particulière. Les principaux enjeux identifiés concernent :
- la protection des eaux souterraines et superficielles ;
- la prévention des fuites sur les puits et les canalisations ;
- la protection des sols et des terres agricoles ;
- la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre ;
- la sécurité des installations et du transport du pétrole ;
- la remise en état des sites après la fin de l’exploitation.
En octobre 2024, une fuite d’hydrocarbures sur une canalisation enterrée de la concession a notamment affecté une parcelle agricole. L’administration a demandé la réalisation d’un diagnostic, d’opérations de dépollution et d’un suivi du site.
Dans son avis du 24 avril 2025, l’Autorité environnementale a également demandé que le dossier de prolongation soit complété et approfondi. Elle a notamment souhaité une présentation plus précise des impacts passés de l’exploitation, des volumes envisagés, des risques pour l’eau et les sols, des émissions de gaz à effet de serre ainsi que des mesures de surveillance. Avis de l’Autorité environnementale
La pompe à pétrole, témoin du passé industriel de Coulommes
Une ancienne pompe à pétrole est exposée à proximité de la mairie. Elle rappelle cette période singulière durant laquelle Coulommes est devenu l’un des lieux emblématiques de la naissance de l’industrie pétrolière dans le Bassin parisien.
Cette installation patrimoniale permet aux habitants et aux visiteurs de conserver une trace visible d’une activité qui se déroulait principalement sous terre et à l’écart du cœur du village.
En 2025, la commune a décidé de procéder à sa rénovation afin de préserver ce témoin de l’histoire locale.
Un patrimoine original pour le village
L’histoire du pétrole à Coulommes illustre la richesse parfois insoupçonnée du sous-sol briard. Derrière l’image d’un village essentiellement agricole se cache une aventure géologique, industrielle et humaine commencée il y a près de soixante-dix ans.
La découverte du champ de Coulommes-Vaucourtois a joué un rôle déterminant dans le développement de l’exploitation pétrolière du Bassin parisien. La pompe conservée près de la mairie en demeure aujourd’hui le symbole le plus visible.
Préserver cette mémoire permet de mieux comprendre l’évolution du territoire, tout en rappelant les enjeux environnementaux et énergétiques qui accompagnent désormais l’exploitation des ressources du sous-sol.