L’extraordinaire destinée d’un habitant de Coulommes par Didier LEBEGUE

Jean-Chrisostome Bécard, soldat de la Grande Armée.

 

Jean-Chrisostome Bécart naît à Coulommes le 8 mai 1785. Deuxième des trois enfants de Jean Bécard, maréchal ferrant, et de Marguerire Raoult, il est porté sur les fonts baptismaux par Denis Cholin, vigneron à Bouleurs et Marguerire Bécard de Boutigny.

Jean-Chrisostome sera maréchal ferrant, comme Jean, son père, comme Jean-Chrisostome son grand-père et Jean son arrière-grand-père. Celui-ci, originaire de Nesle le Répons dans la Marne, est venu se marier à Coulommes avec Madeleine Istace en 1721. Le 8 février 1804, pas encore âgé de 19 ans, Jean-Chrisostome Bécard épouse Marie-Thérèse Blanchard, 25 ans, fille de Denis Blanchard, vigneron (qui avait été le premier maire élu de Coulommes en 1790), et de Thérèse Pestail. Le 14 octobre de la même année, il déclare la naissance de son fils Jean-Denis (il porte les prénoms de ses deux grands-pères, Jean et Denis). A l’époque, notre homme et son épouse Marie-Thérèse habitent “rue du puits Fessial”. Le puits Fessial est le puits qui se trouve à la sortie de Coulommes en direction de Sancy et Vaucourtois. La “rue du puits Fessial” est donc l’actuelle rue Michon.

En 1805, bien que marié et père de famille, il n’échappe pas à la conscription par tirage au sort. Le 26 novembre 1805, dans l’incapacité de payer un remplaçant pour accomplir son devoir à sa place, il quitte Coulommes et rejoint le 3° bataillon du 88° Régiment d’Infanterie de ligne, alors en dépôt à Strasbourg.

Pourquoi l’infanterie plutôt que la cavalerie où son métier aurait été fort utile ? Les archives ne le disent pas. Après une courte période d’instruction, il rejoint le reste de son régiment en Allemagne, où celui-ci vient de s’illustrer à la bataille d’Austerlitz. S’en suivent quelques mois de paix, avant qu’en septembre 1806, une nouvelle guerre éclate contre la Prusse.

Le 10 octobre 1806, le 5° Corps d’armée du maréchal Lannes, dont fait partie le 88° Régiment d’Infanterie de Jean-Chrisostome, bat les prussiens et les saxons à Saalfeld (Saxe), et quatre jours plus tard, participe à la victoire d’Iéna. Les troupes françaises investissent Berlin. Poussant son avantage, Napoléon fait entrer son armée dans la Pologne alors annexée par la Prusse, l’Autriche et la Russie.

 

Le 26 décembre, à Pulstuck, les 18.000 hommes du 5° Corps d’armée du maréchal Lannes repoussent 45.000 soldats russes et prussiens dans des conditions épouvantables: froid, neige et boue jusqu’à mi-cuisse .

Jean-Chrisostome Bécard est alors déclaré “tué d’un coup de feu le 26 décembre 1806 à la bataille de Pulstuck en Pologne”. Le 20 juillet 1807, son beau-père, Denis Blanchard, requiert de la mairie de Coulommes la transcription de son acte de décès dans le registre d’état civil.

Mais, surprise, le 1er janvier 1808, le “mort” est déclaré “rentré des prisons de l’ennemi” par l’administration militaire. Que s’est-il passé ? Sans doute un corps couvert de boue et peut-être défiguré par une blessure  a-t-il été reconnu par erreur sur le champ de bataille par un camarade, alors qu’en fait, notre homme avait été capturé par l’adversaire. Comme d’autres après la campagne de Russie, il a certainement marché vers la Sibérie dans les conditions qu’on ne peut qu’imaginer.

Fort heureusement, dans l’intervalle, Marie-Thérèse Blanchard, son épouse, ne s’est pas remariée.

Jean-Chrisostome est-il pour autant rendu aux siens et à la vie civile ? Pas du tout : le service militaire dû à la patrie lors de sa conscription est de 4 ans, et il devra l’effectuer jusqu’au bout. Il est réintégré au 88° Régiment d’Infanterie, alors cantonné à Breslau (Prusse). En septembre 1808, le 5° Corps d’Armée, maintenant commandé par Mortier, est envoyé en renfort … en Espagne ! L’armée française y est tenue en échec par une résistance acharnée, tant des armées espagnoles et anglo-portugaises que d’insurgés soutenus par la population. Arrivé en Espagne le 1er décembre 1808 (plus de 2.000 km à pieds, en 3 mois !), le régiment de Jean-Chrisostome participe, tout au long des années 1809, 1810 et 1811, à des opérations militaires dans tout le pays (Aragon, Léon, Asturies, Andalousie, Castille, Estremadure).

C’est au cours de la terrible bataille de La Albuera, le 16 mai 1811, que notre homme est blessé d’un coup de feu à la main droite. Déclaré impropre au service, il est “retraité” le 15 octobre 1811 et retrouve sa famille début novembre.

Estropié, il est dans l’incapacité de reprendre son métier de maréchal ferrant et se déclare dorénavant “cultivateur”. Membre de la Garde Nationale en 1831, conseiller municipal, il jouit avec son épouse d’une certaine aisance matérielle à la suite du partage des successions de son père et de son beau-père. Bien que revenu à la vie civile, il demeure solidaire des souffrances des soldats qui se battent en Crimée en 1855, et de ceux de l’armée d’Italie en 1859, en participant généreusement aux collectes organisées en leur faveur.

Décoré de la médaille de Sainte Hélène en novembre 1857, il meurt chez lui, rue Michon, le 24 septembre 1865, à l’âge de 80 ans, et entouré des siens.

Extraordinaire destinée que celle de cet homme qui a parcouru l’Europe à pieds, jusqu’aux confins de la Russie et de la péninsule ibérique, qui a combattu et assisté aux horreurs commises de part et d’autre en Espagne.

 

Le présent article doit l’essentiel de ses sources à l’article publié par M. Franck Beauclerc dans le bulletin “Coulomes et autres lieux voisins” n° 20 de novembre 2003.

 

Didier LEBEGUE

 

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